Literary Journalism and Africa’s Wars

Le journalisme littéraire et les guerres en Afrique : poster colloque 5-6 juin
perspectives coloniales, décoloniales et postcoloniales
 
Literary Journalism and Africa’s Wars:
Colonial, Decolonial and Postcolonial Perspectives
 
5-6 juin / June 2015
Université de Lorraine (Nancy)

 

Date limite / Deadline for proposals: 15 novembre / November 2014

[scroll down for English]

En collaboration avec plusieurs centres de recherche – Oxford Centre for Life-Writing (Wolfson College, Oxford University), Medill School of Journalism (Northwestern University), le ReSIC (Université Libre de Bruxelles), et l’Experimental Media Lab (Academy of Fine Arts Saar) – les équipes de recherche lorraines I.D.E.A (EA 2338 : Interdisciplinarité dans les études anglophones), le C.R.E.M. (EA 3476 : Centre de recherche sur les médiations) et Écritures (EA 3943 : Centre lorrain de recherches interdisciplinaires dans les domaines des littératures, des cultures et de la théologie) lancent un appel à communications pour un colloque intitulé « Le journalisme littéraire et les guerres en Afrique : perspectives coloniales, décoloniales et postcoloniales ». Celui-ci aura lieu les 5-6 juin 2015 sur le campus nancéien de l’Université de Lorraine.

Il a pour but de rassembler des universitaires français, belges, anglais, américains, espagnols, portugais, néerlandais, italiens et allemands spécialisés dans les domaines du reportage, du journalisme littéraire, du literary journalism, du jornalismo literário, du periodismo literario, du literaire non-fictie, du giornalismo letterario et du literarische Reportage pour discuter d’un sujet peu étudié dans la communauté universitaire : les guerres coloniales en Afrique au carrefour interdisciplinaire de la littérature, de l’histoire et du journalisme.

Les conférenciers pressentis en séance plénière seraient :

  • Mark Bowden (à confirmer), auteur de Black Hawk Down sur la Bataille de Mogadiscio.
  • Patrick de Saint-Exupéry, cofondateur etrédacteur en chef de la revue XXI, auteur de trois ouvrages sur le génocide au Rwanda dans L’inavouable, La France au Rwanda, et Complices de l’inavouable.
  • Jean Hatzfeld, auteur d’un triptyque de témoignages, réunis récemment sous le titre Récits des marais rwandais.

« Toutes les nouvelles en provenance d’Afrique sont mauvaises », écrit le journaliste littéraire Paul Theroux au début de Dark Star Safari (2002), le récit de son voyage à travers l’Afrique contemporaine, du Caire au Cap. La Conférence de Berlin (1884-85) – la « ruée vers l’Afrique » entre les Français, les Portugais, les Italiens, les Espagnols, les Néerlandais, les Belges, les Allemands et les Anglais, avec le soutien plus ou moins net des états-Unis dès cette époque – a certes eu pour but d’éviter que les « Puissances » de l’époque ne se fassent la guerre en Afrique ; mais cette date est parfois considérée aussi comme le point de départ d’une longue période de violences jusqu’à aujourd’hui, parmi lesquelles de nombreux conflits armés. Les deux Guerres des Boers au tournant du xxe siècle ont établi le contrôle de l’Angleterre sur l’Afrique du Sud, mais elles ont également annoncé la fin de l’Empire britannique partout ailleurs ; c’est l’un des premiers conflits internationaux à faire l’objet d’un traitement médiatique presque en direct. Le massacre des Héréros par l’armée allemande en Namibie a constitué le premier génocide du XXe siècle – un génocide pour lequel un membre du gouvernement allemand n’a officiellement présenté ses excuses qu’en 2004. Aux guerres coloniales succèderont les guerres qu’on peut qualifier de « décoloniales » ; ainsi la Guerra do Ultramar (1961-1974) entre le Portugal et l’Angola, le Mozambique et la Guinée-Bissau/Cap-Vert a précipité un coup d’État fomenté par l’armée portugaise elle-même qui renversa le gouvernement de l’Estado Novo (l’État nouveau) et laissa les colonies aux mains des guérillas africaines. La Révolte des Mau Mau au Kenya, la Guerre d’Algérie contre la France, le génocide au Rwanda des Tutsi par les Hutu, les guérillas auxquelles se livre Joseph Kony en Ouganda et au Soudan du Sud…. la liste est presque interminable. Chacun de ces conflits atteste des malheurs grandissants dont a souffert le continent avant, pendant et après la colonisation : autant de violences guerrières qui ont nourri l’appétit insatiable de la prospère Europe de l’Ouest, et de l’Occident en général, pour « des preuves de la sauvagerie sur Terre », comme l’écrit Theroux.

L’Histoire et la littérature occidentales ont, bien sûr, largement traité des violences de la colonisation, des guerres de décolonisation et des conflits postcoloniaux en Afrique, mais la presse constitue un relais essentiel dans la diffusion d’une « information » qui a souvent constitué plutôt une « imagerie » et a influencé de cette manière les décisions politiques. La tendance générale a été de romancer l’Afrique en la présentant tantôt comme une victime misérable qu’il fallait secourir, tantôt comme le lieu de « ténèbres » essentielles – l’ombre jungienne de ce que l’Occident a de plus sinistre –, en réduisant l’ensemble du continent à une mosaïque de peuples incultes, plus fidèles au tribalisme qu’à la construction d’un projet national, un « continent rétif » au « Progrès ». Essayant de lutter contre cette imagerie simplificatrice, de nombreux représentants du journalisme littéraire ont pourtant tenté de surmonter cette vision réductrice. En amenant leurs lecteurs au plus près des acteurs des guerres, en s’intéressant aux responsables politiques, mais aussi aux enfants-soldats, aux ONG humanitaires, aux protagonistes des guérillas, aux agents corrompus du gouvernement ou aux chefs locaux, ces journalistes littéraires cherchent à sensibiliser les consciences à la détresse des Africains, notamment en présentant la guerre comme le cumul d’histoires individuelles.

Le journalisme littéraire est en tout cas un objet privilégié pour comprendre la guerre à partir de différents points de vue à la fois occidentaux et africains. Les reporters américains Richard Harding Davis et Howard C. Hillegas diffusent ainsi des témoignages de première main à propos de la Seconde Guerre des Boers dans With Both Armies in South Africa et With the Boer Forces, et Mark Bowden couvre la Bataille de Mogadiscio à Black Hawk Down. Le correspondant de guerre Henry T. Gorell couvre les fronts américains et britanniques en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale dans son livre-témoignage Soldier of the Press. Le grand reporter polonais Ryszard Kapuscinski raconte son expérience de la guerre civile angolaise dans Another Day of Life, un reportage controversé que certains considèrent comme la reproduction des préjugés occidentaux trouvés dans la littérature et l’historiographie colonialiste. Un autre journaliste polonais, Wojciech Jagielski, décrit dans The Night Wanderers le recours à des enfants-soldats en Ouganda du Nord et au Sud Soudan par l’« Armée de résistance du Seigneur ». Tandis que les grands reporters français, Jean Hatzfeld, d’une part, rapporte les témoignages des rescapés et des bourreaux du génocide des Tutsi dans Récits des marais rwandais ; d’autre part, Patrick de Saint-Exupéry dénonce l’implication de la France dans ses récits de guerre L’inavouable, La France au Rwanda et Complices de l’inavouable.

Les journalistes littéraires africains sont moins nombreux que leurs confrères occidentaux, mais ils sont aussi lus désormais via internet ; Can Themba et Nat Nakasa en sont de bons représentants pour le journal sud-africain Drum. Le reportage de l’écrivain et journaliste kényan Binyavanga Wainaina – publié dans Granta et intitulé « How to Write about Africa » (dans le numéro spécial The View from Africa consacré aux reportages africains) – dénonce les reportages occidentaux traversés par de perpétuels clichés sur l’Afrique. Mais de nombreux reportages restent à découvrir.

Axes prioritaires      

1) Que signifie, dans ce contexte, la catégorie de journalisme littéraire ? En d’autres termes, quelle serait la « littérarité » de ce journalisme ?

2) Cette « littérarité » est-elle plutôt au service de visions réductrices, ou plutôt au service d’une meilleure compréhension des réalités violentes ? (les analyses de cas, les études textuelles, les perspectives comparées sont bienvenues)

3) Les reporters se sont-ils engagés dans des conflits en prenant parti ? Dans ce cas, quels liens entretiennent-ils avec leurs lectorats ? Sont-ils les instruments d’une conception idéologique, celle de leur journal, celle de leur pays ?

4) Comment devient-on, et pourquoi ou avec quelles conséquences, « grand reporter » spécialiste des guerres en Afrique ?

5) Une histoire spécifique du journalisme littéraire « guerrier » en Afrique est-elle possible ? Les journalistes se lisent-ils entre eux ? Ont-ils des modèles historiques, une tradition ? Y a-t-il une concurrence entre eux ? Peut-on mesurer leur influence nationale ou internationale ?

Veuillez envoyer vos résumés de 300 mots accompagnés d’un court CV à John S. Bak (john.bak@univ-lorraine.fr) au plus tard le 15 octobre 2014, en précisant dans quel axe prioritaire se situerait votre contribution.

 


 

“Literary Journalism and Africa’s Wars:
Colonial, Decolonial and Postcolonial Perspectives”
 
5-6 June 2015
Université de Lorraine (Nancy campus)

 

Deadline for proposals: 15 November 2014

Working in partnership with various research centers – Oxford Centre for Life-Writing (Wolfson College, Oxford University), Medill School of Journalism (Northwestern University), ReSIC (Université Libre de Bruxelles), and the Experimental Media Lab (Academy of Fine Arts Saar) – the Lorraine research groups I.D.E.A. (EA 2338: Interdisciplinarité dans les études anglophones), C.R.E.M. (EA 3476: Centre de recherche sur les médiations) et Écriture (EA 3943: Centre lorrain de recherches interdisciplinaires dans les domaines des littératures, des cultures et de la théologie) are announcing a call for papers for a conference, “Literary Journalism and Africa’s Wars: Colonialist, Decolonialist and Postcolonialist Perspectives.”

The conference, which will be held on the Nancy campus of the Université de Lorraine from 5-6 June 2015, hopes to bring together scholars of literary journalism, reportage, le journalisme littéraire, jornalismo literário, el periodismo literario, literaire non-fictie, giornalismo letterario and literarische Reportage from England, the U.S., France, Belgium, Portugal, Spain, the Netherlands, Italy and Germany to discuss a topic that has received little attention in the academic community: Africa’s colonial wars at the interdisciplinary crossroads of literature, history and journalism.

The keynote speakers will be:

  • Mark Bowden (pending), author of Black Hawk Down on the Battle of Mogadishu.
  • Patrick de Saint-Exupéry, cofounder and editor-in-chief of the magazine XXI and author of three reportages on the Rwandan genocides, L’inavouable, La France au Rwanda and Complices de l’inavouable.
  • Jean Hatzfeld, author of three reportages on the genocide in Rwanda, collectively entitled Récits des marais rwandais.

“All news out of Africa is bad,” writes literary journalist Paul Theroux in the opening line of Dark Star Safari (2002), the account of his journey through contemporary Africa. The legacy of the Berlin Conference of 1884-85 – the “Scramble for Africa” between the French, Portuguese, Italian, Spanish, Dutch, Belgian, German and English – has left the continent scarred by assassinations, coups, pogroms and genocides. The two fin de siècle Boer Wars secured England’s control over South Africa but presaged the end of the British Empire elsewhere in the world. The Herero wars against German colonial rule in present-day Namibia resulted in the first genocide of the 20th century – a genocide for which a member of the German government officially apologized as late as 2004. Portugal’s Guerra do Ultramar with Angola, Mozambique and Guinea Bissau/Cape Verde reached home when a coup engineered by the Portuguese army overthrew the Estado Novo government and left the colonies to the African guerrillas. The Mau Mau Uprising in Kenya, the Algerian War of Independence against France, the Rwanda genocide of ethnic Tutsis by ethnic Hutus, Joseph Kony’s guerrilla war in Uganda and South Sudan… The list is seemingly endless. Each of these conflicts has attested to the continent’s growing pains before, during and after colonialism – and has fed the affluent West’s insatiable appetite for, in Theroux’s words, “proof of savagery on Earth.”

Western history and literature have, of course, largely captured the wars that ensued from colonization, decolonialization and postcolonialization in Africa. So too has its press. The general trend has been either to romanticize Africa as some Jungian shadow of the West’s darker self or to reduce the entire continent to a patchwork of backwards peoples more loyal to tribalism than national identity. Different from these media, literary journalism tries to overcome what Hannah Arendt has termed the “banality of evil,” that indifference to violence resulting from its overexposure. By bringing readers closer to the actors that make and oppose the wars that devastate the continent, successors of colonial rulers, children soldiers, volunteers of international humanitarian NGOs, the military and terrorist guerrillas, corrupt government officers, tribal leaders and witch-doctors turned prophets, literary journalists seek to renew awareness to the plight of Africans and to stress that, ultimately, war is about individual stories.

Reporting at the crossroads of documentary and opinion, literary journalism is a fertile ground from whence to apprehend war from both Western and African perspectives. American reporters Richard Harding Davis and Howard C. Hillegas offer their first-hand accounts of the Second Boer War in With Both Armies in South Africa and With the Boer Forces, and Mark Bowden covers the U.S. military’s involvement in Somalia during the Battle of Mogadishu in Black Hawk Down. War correspondent Henry T. Gorell covers the American and British fronts in North Africa during World War II in his memoir Soldier of the Press. Celebrated Polish journalist Ryszard Kapuściński recounts his experiences of the Angolan Civil War in Another Day of Life, a controversial book that some see as reproducing the Western biases found in colonialist literature and history. Another Polish journalist, Wojciech Jagielski, describes in The Night Wanderers the Lord’s Resistance Army on-going military use of children in Northern Uganda and South Sudan. As for two of France’s grand reporters, Jean Hatzfeld details the gruesome atrocities of the Rwanda genocide by both the survivors and their attackers in Récits des maraisrwandais, and Patrick de Saint-Exupéry denounces France’s role in the genocide in L’inavouable, La France au Rwanda and Complices de l’inavouable.

African literary journalists are fewer, partly because they would be seen as writing within a Western tradition of “New Journalism,” but their work can still be found in newspapers or magazines, such as South Africa’s Drum writers Can Themba and Nat Nakasa. Yet Kenyan author and journalist Binyavanga Wainaina’s Granta piece “How to Write about Africa” – published in the reportage magazine’s 2005 issue, The Views from Africa – still denounces the clichéd reporting on Africa that has been largely produced in the West. As anti-colonialist prejudices dissipate over time, literary journalism will eventually gains gravitas among African journalists and writers, and there will no doubt be many more reportages written in the near future. Perhaps there are already several reportages out there that we are unaware of today.

Suggested topics      

1) What qualifies reporting in Africa as “literary journalism”? How does it differ from traditional models produced in the US or in Europe? What makes African journalism about war particularly “literary” and can African literary aesthetics be appreciated on their own merits or must they adhere to Western standards?

2) Does this “literary’” nature of African journalism feed into white colonialist fantasies about black Africa (as Kapuściński has been charged)? Is it voyeuristic? Or does it capture the realities of war better than traditional journalism?

3) Do literary journalists in Africa maintain an objective stance in their reportages? What is their relationship with their readers? Their newspapers? Their publishers? Their countries? What ideological changes take place when the literary journalist writing in Africa is African, European or American?

4) Why use literary journalism instead of traditional news reporting when covering wars in Africa? How does one become a literary journalist in Africa and what are the consequences?

5) What noticeable changes take place in the literary journalism written during colonial, decolonial and postcolonial times? How do the differing natures of the wars shape the reportage that they produce? Do these reportages follow European models, or have distinct nationalist models emerged over the years? If so, what has instigated the changes?

Please send abstracts of 300 words and a brief cv to John S. Bak (john.bak@univ-lorraine.fr) by 15 November 2014.

Comité scientifique / Advisory Board

David Abrahamson, Northwestern University (USA)
Paul Aron, Université Libre de Bruxelles (Belgique)
Audrey Alvès, Université de Lorraine (France)
Myriam Boucharenc, Paris Ouest Nanterre La Defence (France)
William Dow, Paris Est Marne la Vallée (France)
Anthea Garman, Rhodes University (South Africa)
John C. Hartsock, State University of New York Cortland (USA)
Pierre Halen, University de Lorraine (France)
Roberto Herrscher, Universitat de Barcelona (Espagne)
Richard Keeble, University of Lincoln (Angleterre)
Mark Massé, Ball State University (USA)
Isabelle Meuret, Université Libre de Bruxelles (Belgique)
Sara Prieto García-Cañedo, Universidad de Alicante (Spain)
Gillian Rennie, Rhodes University (South Africa)
Richard Samin, Université de Lorraine (France)
Norman Sims, University of Massachusetts (USA)
Isabel Soares, Universidade Técnica de Lisboa (Portugal)
Sylvie Thiéblemont-Dollet, Université de Lorraine (France)
Marie-Eve Thérenty, Université de Montpellier 3 (France)
Alice Donat Trindade, Universidade Técnica de Lisboa (Portugal)
Soenke Zehle, Hochschule der Bildenden Künste Saar (Allemagne)