IDEA : réflexion collective sur l’interdisciplinarité

Quelle dimension interdisciplinaire dans les travaux d’IDEA ? (JE interaxe du 04 juillet 2019)

La journée de 04 juillet avait été anticipé par deux réunions, des remises de fiches individuelles et des remises de projets, tous ayant pour dessein de faire le point sur la dimension interdisciplinaire des travaux des membres de l’équipe.

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Les travaux préalables ainsi que la journée ont été coordonnés par Antonilla Brada Laplace, Nathalie Collé et Céline Sabiron.

Diane Leblond & Adam Wilson s’emparent du questionnement suivant : « Pour un écotourisme universitaire ? À la recherche de pratiques pertinentes de l’interdisciplinarité ». Nous rendons compte de leur projet :

“Although we work in entirely different fields, and followed different paths to our current lab, we share a resolutely interdisciplinary approach to our research. In asking ourselves separately how interdisciplinarity was relevant to our endeavours, we thought we would simply come upon the same answers which have been sustaining our work these past years. Therefore rather than go through this familiar exercise each on our own terms, we challenged ourselves to reflect on interdisciplinarity as a team, bringing together our different perspectives on the matter. The resulting contribution is meant to respond to and build on Enjeux et positionnements de l’interdisciplinarité (2014), by attempting to understand some of the mechanisms at work in academic apprehensions of interdisciplinarity and the way it is practiced. In holding this conversation across disciplines, we hope to look beyond our own attachment to interdisciplinarity, and gain a wider perspective on the role it might play and the shapes it might take, especially within anglophone studies.

As different as our experiences with interdisciplinarity have been, their comparison suggests that a common feature of interdisciplinary approaches lies in their conflicted status. In the current academic climate, the practice of crossing disciplinary borders seems to elicit enthusiasm and wariness in equal measure. This is reflected by institutional structures, which reinforce disciplinary divisions whilst simultaneously promoting a cross-border mentality. But nowhere does the problematic status of interdisciplinarity appear more clearly than in the ambivalence with which it is sometimes met by academic communities. As we experience first hand, venturing across disciplinary borders and using languages that were not originally our own raises issues of intellectual legitimacy, integrity, and identity – both for ourselves and in our relations to our colleagues. Scholarly debates reflect such complex feelings – at best, as Diane found in her readings on visual culture, interdisciplinarians might be represented as uncouth trespassers; at worst, they might be simply labelled as intellectual quacks.

To address this ambivalence, and seize it as an opportunity to assess our own practices critically, we draw our own portrait of an interdisciplinary researcher. Building on a central topic of Adam’s work, we propose to use the metaphor of tourism to explore differing perceptions of interdisciplinarity, but also to shed light on our own approaches, and to uncover possible “good practices” in interdisciplinary border-crossing. We explore the hermeneutic relevance of the tourist as an ambivalent, Janus-like figure, whose ubiquitous and potentially destructive presence appears as inevitable in our globalised, modern world as interdisciplinarity seems to have become in the contemporary academic landscape. Connecting as it does issues of territory and language – from the crossing of borders and wandering into new territory, to the necessary adjustements that we make (or neglect to make) in encountering another idiom – the touristic paradigm allows us to explore concepts of commodification, authenticity and commitment that also sit at the heart of reflections on interdisciplinarity. Working from these intersecting issues, we propose the dynamic of collaboration, which crucially informs recent developments in eco- or sustainable tourism, as a useful starting point for fostering good practices in interdisciplinary research.

Maryline Brun et Céline Sabiron ont choisi de traiter de façon comparée de la pertinence de l’interdisciplinarité dans leurs perspectives respectives. Maryline Brun en a traité relativement à la théorisation du concept de race et des processus de racialisation en Australie et en Afrique du Sud. Ses recherches portent en priorité sur les catégories et processus de catégorisationet elle s’intéresse tout particulièrement à la façon dont le concept de race – une idéologie « qui présente comme réalité biologique une catégorie à point de départ social » (Jean Benoist) – a été déployé dans les contextes australien et sud-africain, et à la complexité des processus de racialisation – la production discursive et culturelle des différences raciales – dans ces contextes. La complexité du concept de race exige une approche interdisciplinaire, qui puise dans l’histoire, les études culturelles, les études postcoloniales, mais aussi la sociologie, le droit critique et la géographie critique pour n’en mentionner que quelques-uns. L’idée serait d’aborder l’impératif interdisciplinaire qui s’impose pour aborder la question de race et la violence épistémique qui en découle.

Céline Sabiron s’intéresse à la manière dont on peut appliquer des outils tirés de la traductologie, de l’histoire du livre et de l’édition et des sciences cognitiveséclairer un travail littéraire. Comment utiliser ces autres champs disciplinaires et s’en emparer assez pour pouvoir éclairer, de manière crédible, approfondie et efficace,une  recherche plutôt littéraire ou du moins comparatiste ? Quels ouvrages convoquer dans le cadre d’une étude sur médiations culturelles franco-écossaises (1790-1848) afin d’élaborer une méthode de travail permettant d’allier des disciplines différentes.

Antonella Braida-Laplace pose la question suivante: Quelle interdisciplinarité dans l’études des rapports anglo-italiens dans le contexte du Romantisme européen ? Elle a pour projet d’effectuer des recherches concernant le rôle des femmes journalistes dans les échanges culturels entre la Grande-Bretagne et l’Italie des années 1790 à 1830. Ce projet fait partie d’un réseau informel de chercheurs britanniques et italiens (provenant de 15 Universités) qui visent à étudier d’une façon organique et concertée les réseaux interdisciplinaires de la transmission des connaissances (littéraires, musicales, scientifiques, théâtrales et autres) à travers les deux aires géographiques.

Elle réfléchit sur la nature interdisciplinaire du projet et sur les approches théoriques interdisciplinaires à mobiliser.

Il s’agit de comprendre les transformations dans les moyens de communication mobilisés par la création d’une nation de lecteurs : ces changements médiatiques pourraient permettre d’établir une comparaison avec la création de la société digitale (Vincent 2000, Habermas 1989 (1962) and Hallin and Mancini 2004).

Une deuxième inspiration vient des études de la sociabilité romantique (Russel et Tuite 2002) qui ont révélé l’importance des rassemblements et groupes informels pour la construction de l’identité dans ses multiples facettes. En dernier lieu, l’interdisciplinarité semble être un aspect profond de la culture italienne à travers les siècles, et en particulier à la fin du dix-huitième siècle. Bien que le Grand Tour laisse la place à des formes de voyage plus accessibles à tous, la sociabilité et la culture des communautés anglo-italiennes sont liées au théâtre, à la musique et à l’art, qui deviennent les instruments d’une construction identitaire. D’ailleurs, les études sur les rapports anglo-italiens reflètent cette interdisciplinarité culturelle (Saglia et Bandiera 2005, Schoina 2009, Crisafulli 2014 et Jane Stabler 2013, McCue 2014).

Dans un dialogue, André Kaenel & Jean-Marie Lecomte traitent du cinéma américain ou de l’évidence de l’interdisciplinarité. L’interdisciplinarité  n’est ni un idéal ni un objectif ou encore un horizon à atteindre, mais un ensemble de pratiques et elle s’impose dans les études filmiques, domaine par excellence de strates sémiotiques et de l’intermédialité.

Mary Maire & Christophe Poiré abordent l’ « Interdisciplinarité et le continuum éducatif entre programmes d’histoire-géographie du second degré et étude de la civilisation irlandaise à l’université ». Ils posent la problématique suivante : dans quelle mesure et comment l’Education nationale, à travers ses programmes, introduit-elle la question irlandaise ? Dans un souci d’interdisciplinarité, les disciplines civilisation irlandaise à l’université et histoire-géographie dans le second degré ont été confrontées. L’interrogation et l’expérimentation ont porté sur la possibilité d’un continuum entre cursus scolaire et universitaire (bac -3 à bac +5).

L’Irlande n’est abordée qu’en 4ème de collège et en 2nde de lycée dans le cadre du thème introductif général « les Européens dans le peuplement de la Terre » pour la sous-question « les migrations d’Européens vers d’autres continents au cours du XIXe siècle : une étude au choix d’une émigration de ce type » (BO du n°4 du 29 avril 2010).

Les manuels scolaires proposent deux études au choix : l’Italie ou les îles Britanniques. Et dans l’étude de la migration britannique, l’Irlande est centrale. Ces études reposent sur un corpus documentaire qui vise à la fois les apprentissages méthodologiques et les apports de connaissances. Il s’agit à travers cet exemple de faire comprendre les notions relatives au thème traité : transition démographique, flux migratoires, émigration/immigration, « pays neuf », rêve américain…

L’Irlande n’est donc qu’au service d’une problématique plus générale et de la mise en œuvre de notions. L’histoire scolaire française ne fait pas de place spécifique à l’histoire de l’Irlande, même si certains manuels fournissent des repères chronologiques permettant une explication touchant la singularité de l’Irlande.

L’étude est menée de façon transdisciplinaire par un civilisationniste et une historienne. L’analyse s’appuie sur les Instructions officielles en vigueur, les documents d’accompagnement et les manuels proposés par les éditeurs scolaires. Il s’agit d’étudier les intentions et les démarches et de mesurer la place de l’Irlande dans l’enseignement scolaire en France. Parallèlement, dans le cadre d’un cours à l’Université de Lorraine sur l’émigration irlandaise aux États-Unis au XIXe siècle, une dizaine d’étudiants de master (M2) « langues et sociétés » ont travaillé en TD sur les supports (cartes, graphismes, tableaux, témoignages, gravures, photographies, publicités, documents historiques, extraits littéraires…) contenus dans les manuels scolaires étudiés. Ils ont ainsi pu faire le lien entre les enseignements scolaire et universitaire (bac -3 ; bac + 5).

Isabelle Gaudy-Campbell & Joséphine Sourgnes (étudiante de master, parcours type intermédialité) reviennent sur les échanges qui ont nourri le cours intitulé « From Linguistic Landscape to Landscape Linguistics ». LL est une discipline nouvelle qui s’intéresse à l’écriture dans l’espace public. Née en 1997 (études de Landris and Bourhis), cette discipline est éminemment interdisciplinaire. Si l’on s’en réfère aux bibliographies, LL croise géographie, éducation, sociologie, politique, études environnementales, aménagement urbain, linguistique appliquée, sémiotique, communication, architecture, linguistique appliquée, économie.

Dans le cadre de l’adossement du parcours Intermédialité à IDEA, il a été proposé aux étudiants de master 2 de travailler sur des écrits publics selon la problématique du va et vient entre interdisciplinarité et travail disciplinaire. En partant de supports publics d’écriture, donc en utilisant le paysage linguistique comme corpus d’étude linguistique, il a été proposé de restreindre l’étude à la dimension énonciative du message public. Réputé urbain, LL n’est pas sans intérêts dans un contexte rural qui questionne toute la triade énonciative ou se joue de l’entité détentrice du pouvoir de légiférer.

En retour, les étudiants de master 2 ont proposé de se réapproprier le questionnement de la source (énonciative) dans l’espace public en le mettant en regard d’un domaine plus sociétal, à savoir l’activisme pour les droits des animaux. Ils en traitent à travers l’exemple du slogan « Not Your Mom, Not Your Milk » utilisé notamment par l’association PETA (People for the Ethical Treatment of Animals). Les différentes incarnations de ce message, d’un graffiti individuel jusqu’à une campagne d’affichage internationale, permettent d’explorer les stratégies langagières et d’occupation de l’espace public et de mettre en lumière l’évolution des dynamiques de pouvoir entre activistes pour les droits des animaux et industries basées sur l’exploitation animale.

Des échanges fructueux de l’équipe font suite à ces présentations. On retiendra des formulations des collègues, comme autant de mises en perspective du questionnement phare d’IDEA tenu dans l’axe institutionnalisation des disciplines à savoir « There’s no border crossing without borders » ou encore le fait que l’interdisciplinarité ne soit « pas une destruction de frontières mais suppose des traversées ». Outre de futures séminaires transversaux à venir, les axes respectifs sont invités à se (re)approprier les réflexions menées et à documenter leurs pratiques par des apports extérieurs lors de séminaires invités.