Etude micro- et macrolinguistique de with : préposition, pseudo-subordonnant et organisateur textuel

Joëlle Popineau (Université de Lorraine, IDEA)

Comme c’est le cas pour d’autres prépositions, les nombreux effets de sens de with sont illustrés dans les définitions des dictionnaires ; 21 sens sont ainsi dénombrés dans le LDOCE. Ces sens sont parfois assez éloignés les uns des autres. Par exemple, le Merriam Webster associe -dans une seule et même rubrique- le moyen (he hit him with a rock), la cause (pale with anger), l’agent (threatened with tuberculosis) et l’instrument (he amused the crowd with his antics) ; deux autres rubriques mentionnent une valeur temporelle pour with  (mellows with time) et une valeur circonstancielle, « an attendant fact or circumstance » (he stood with his hat on). Un sens spatial prototypique est également mentionné dans d’autres travaux (Gatelais 2010). Créer de grandes rubriques pour ces emplois comme le comitatif, l’instrumental, la manière ne permet pas d’expliquer de façon homogène le fonctionnement véritable de with ; il faut montrer comment ces notions sont elles-mêmes construites.

With apparaît également dans des prédications en with (Chuquet H. et J. 2006) avec deux schémas syntaxiques (with NP V-ing,  proposition p / proposition p, with NP V-ing) ; ces prédications à formes verbales non finies peuvent ainsi se trouver en position initiale ou finale :

– With the exams coming next, I have no time for a social life (Quirk et alii 1985);

– A new world order is in place with the old being replaced by the new (BNC).

La linéarité correspondant  ici à une différence de sens suggéré.  En antéposition, la prédication en with est une amorce et on peut être tenté d’y trouver une valeur causale (Chuquet H. et J. 2006), alors que le rapport entre les deux parties de l’énoncé est plus vague : il s’agit d’une « accompanying circumstance » selon les grammaires anglaises traditionnelles et le sens homogène pressenti est celui de concomitance (Deléchelle 2004). En revanche, la situation est plus hétérogène dans les énoncés postposés : la prédication apporte un complément ou un ajout d’informations, telle une relation métonymique (Kleiber 1999). Etudier la valeur apportée par V-ing à l’ensemble de l’énoncé nous permet d’avancer que with est un pseudo-subordonnant : pour H. Adamczewski (1982),  –ing est en effet un marqueur de subordination et Mc Cawley (1983 : 276) renforce cette analyse pour les prédications en with.

Au niveau du paragraphe, la prédication en with antéposée se retrouve souvent au tout début, renforçant le rôle d’amorce pressenti au niveau précédent. Quant à elle, la prédication postposée en with clôt souvent un paragraphe. A la manière des organisateurs textuels, servant à l’articulation des grandes parties du texte, les prédications en with antéposées et postposées établissent des liens explicites entre les différentes idées du texte : la prédication antéposée est une amorce, sorte d’introduction aux idées qui suivent, alors que la postposée est la parenthèse fermante d’une idée ; elle permet souvent d’en dire moins pour suggérer plus, comme une sorte d’afterthought au niveau co-textuel.

L’étude de with au niveau du groupe, de la proposition et du paragraphe permet de montrer que la diversité première d’une préposition prise dans une approche localiste s’affine dans les énoncés prédicatifs antéposés et postposés, pour devenir éléments d’organisation textuelle du paragraphe dans une approche globaliste.

Bibliographie

Adam, J.M. 1990. Eléments de linguistique textuelle: théorie et pratique de l’analyse textuelle, Liège : Mardaga.

Chuquet H. & J. 2006. « De la circonstance à la cause: les prédications en with et leur traduction en français », in Causalité et contrastivité, P.U. Rennes : 189-210.

Deléchelle, G. 2004. «Causalité et phrase complexe : prédications et circonstances concomitantes», Cercles 9, www. cercles.com : 121-142 .

Gatelais, S. 2010. “With est-elle une préposition spatiale ?”, in C. Delmas (éd.), Espace,  temps en anglais, Faits de Langues, Paris : Ophrys.

Kleiber, G. 1999. « Anaphore associative et relation partie-tout : condition d’aliénation et principe de congruence ontologique ». In Langue Française 122: 70-100.

McCawley, J. 1983. « What’s with with », Language 59, 2: 271-287.

Joëlle Popineau (Université de Lorraine, IDEA) : Joëlle Popineau enseigne au sein du département LEA de Metz, Université de Lorraine. Elle s’intéresse en particulier à l’ordre des unités linguistiques. Dans ce cadre elle propose une communication sur le fonctionnement micro-/macro linguistique de with, tant au niveau du groupe, qu’au niveau de la proposition et du paragraphe.