Genre, like, so : du micro- au macro- (et vice-versa)

Vigneron, Jeanne (Université de Poitiers, FoReLL)

Sylvie Hanote (Université de Poitiers, FoReLL)

Dans la communication proposée, nous nous intéresserons au fonctionnement de trois marqueurs issus de trois langues différentes : genre en français, like en anglais et so en allemand. Ces trois marqueurs ont en commun d’avoir aujourd’hui  plusieurs emplois et valeurs possibles selon le contexte dans lequel ils sont envisagés. Si certains de ces emplois sont courants et anciens (genre est par exemple un nom : le genre policier ; like une préposition ou une conjonction : He is like his father/It’s like he doesn’t care ; so un adverbe, une conjonction ou encore une particule so muss man das tun/sie war krank, so dass sie nicht kommen konnte/es waren so zwanzig Leute da), ils ont tous trois des emplois autres, plus récents, comme « introducteurs » de discours direct, comme en (1), (2) et (3) :

(1) Mom‘s like :‘you’re gonna miss that’ you know (Scose)

(2) je lui ai bien dit les trucs euh hyper euh | secs euh genre moi j’ai plus aucun sentiment pour toi c’est terminé  (Ofrom)

(3) ja° un dann hatta doch gesagt° äh° na dis is/ dis is=n viertakta oda so und ich so° „ achso wie=n trabi oda“/ (Schall)

mais aussi au niveau plus large du texte, comme marqueurs de structuration du discours, notamment à l’oral. C’est par exemple le cas en (4), (5) et (6) où like, genre et so interviennent dans des contextes que certains auteurs appellent entassements (Kahane, Pietrandrea, 2012) ou dans des contextes de focus (Wiese, 2011) :

(4) it sounds like something like nobody else would do it to us (Scose)

(5) Et tu as, genre tu as pas des remords quand tu fais genre une fiche de lecture où tu assassines le bidule euh ? (PFC)

(6) es ist jetzt nicht so das dankbarste thema so wenn man selbst keine ahnung hat so (Linthe)

Nous nous intéresserons ainsi au(x) processus linguistique(s) qui permet(tent) aujourd’hui à ces marqueurs de fonctionner à la fois sur le plan micro-linguistique, mais également macro-linguistique, et tenterons d’expliquer comment un même marqueur peut fonctionner en synchronie à des niveaux linguistiques différents.

Nous nous appuierons pour cela sur l’analyse d’un corpus écrit et oral. Nous envisagerons dans un premier temps ce que ces marqueurs ont en commun et ce qui les différencie ; nous proposerons ensuite de voir comment l’articulation entre analyse micro-linguistique et analyse macro-linguistique peut permettre d’une part de mettre au jour le fonctionnement de ces marqueurs dans leurs nouveaux emplois, et d’autre part d’envisager l’émergence une opération langagière centrale aux différentes valeurs que les marqueurs prennent en contexte.

Références indicatives :

Buchstaller I., 2001. « He goes and I’m like: The new Quotatives re-visited. », Paper presented at NWAVE 31, Stanford University, N.C.

Dufaye L., à paraître. « Genre ou le scénario d’une grammaticalisation », Linx.

Fleischman S. et Yaguello M., 2004. « Discourse markers across languages; Evidence from English and French », in C.L. Moder et A. Martinovic-Zic (eds), Discourse Across Languages and Cultures. Amsterdam, Benjamins. 129-147.

Golato A., 2000. « An innovative German quotative for reporting on embodied actions: Und ich so/und er so ‘and I’m like/and he’s like’ », Journal of Pragmatics 32. 29-54.

Kahane S., Pietrandrea P., 2012. « La typologie des entassements en français », in Congrès Mondial de Linguistique Française – CMLF 2012. 1809-1828.

Romaine S. et D. Lange, 1991. « The Use of like as a Marker of Reported Speech and Thought: A Case of Grammaticalization in Progress », American Speech 66.3. 227-279.

Streeck J., 2002. « Grammar, Words, and Embodied Meanings: on the uses and evolution of so and like ». Journal of Communication 52, n°3. 581-596.

Underhill R., 1988. « Like is, like, Focus », American Speech 63-3. 234-246.

Wiese H., 2011. « So as a focus marker in German », Linguistics 49-5. 991-1039.

Vigneron, Jeanne (Université de Poitiers, FoReLL) est actuellement en Etudes doctorales au sein de la Faculté de Lettres et de Langues de l’Université de Poitiers et Sylvie Hanote est professeur à l’université de Poitiers. Elles proposent d’examiner le fonctionnement de trois marqueurs issus de trois langues différentes, à savoir genre en français, like en anglais et so en allemand et de regarder leurs emplois et leurs possibles valeurs selon le contexte (plus ou moins micro-/macro-) dans lequel ils sont envisagés.