Voix et silence dans les arts

A ce jour,  l’équipe comprend des enseignants chercheurs du département d’anglais, d’autres départements de l’Université de Lorraine (Histoire de l’Art/Architecture, Russe, Allemand, Lettres (Théâtre/Art de la scène), Information et communication) et des intervenants d’institutions extérieures (Théâtre de la Manufacture– Centre Dramatique National Nancy Lorraine, CCN-Ballet de Lorraine, Opéra National de Lorraine, Nancy), le but étant de faire dialoguer des spécialistes sur la polyphonie de la voix et du silence et sur les expériences esthétiques que convoquent les deux termes. Le projet se décline sous forme de séminaires et de colloques au cours desquels sont à chaque fois ajoutées des mises en pratique de la voix et du silence, à travers diverses manifestations incluant comédiens, liseurs, conteurs, chanteurs, chorégraphes, metteurs en scène, scénographes, spécialistes du son…

 Calendrier des séminaires et manifestations culturelles en 2016

Séminaire 1 : vendredi 5 février 2016

Intervention de David Le Breton, anthropologue et sociologue, Université de Strasbourg,dsc00273 auteur de plusieurs ouvrages sur la voix et le silence ; Françoise Labridy, psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne et chercheuse en STAPS. Titre de sa communication : Donner de la voix, perdre sa voix, rester sans voix. Parmi les autres intervenants : Steven Paschall a analysé le rapport voix-silence dans la poésie performative de Susan Howe et de Caroline Bergvall (Neither/Nor: Susan Howe and Caroline Bergvall’s Performances of Palimpsest) ; Jean-Philippe Heberlé s’est intéressé aux Périmètres et enjeux de la dialectique voix et silence(s) en musique et Jean-Marie Lecomte a étudié l’image, la parole, la voix et les figures du silence dans les films mettant en scène Richard Nixon. A l’issue de cette journée, Maud Contini (danseuse-chorégraphe), Emilie Poinsignon (danseuse), et Louis-Michel Marion (compositeur-contrebassiste) de la Cie-Temporal ont proposé une performance dansée, A corps si lentsss.

Atelier 1 en parallèle avec le séminaire 1 : 22 avril 2016

Cet atelier de théâtre a été proposé à un groupe de 15 étudiants (de Master à L1) à l’occasion de l’arrivée de la compagnie de théâtre Word for Word de San Francisco, les 20-22 avril 2016. Il a été mené conjointement le vendredi 22 avril par Susan Harloe (directrice de Word for Word) et Nadine Ledru (comédienne, chanteuse et danseuse, qui dirige l’atelier Pratique Théâtrale au Théâtre de la Manufacture). Nadine Ledru s’est appuyée sur la scène 1 de l’Acte I du Roi Lear de Shakespeare et Susan Harloe a sélectionné un passage de A Thousand Acres de Jane Smiley, qui est une réécriture du Roi Lear. Le but des deux comédiennes a été de sensibiliser les étudiants aux mouvements du corps et au pouvoir de la voix, à la vibration des cordes vocales, au souffle, à l’articulation des syllabes et des mots, au placement des silences, de leurs durées et de leurs poids, à la transformation du débit des mots et des silences dans l’émission de la phrase etc. A la fin de l’après-midi, les deux groupes se sont retrouvés et chaque étudiant a pu jouer un rôle.

Séminaire 2 : vendredi 3 juin 2016

Les divers communicants de cette journée ont été Carmelo Agnello (Opéra National de Lorraine, Nancy) : Voix, silences, points de vue ; Jean de Pange (comédien et metteur en scène, Cie ASTROV, Metz) : L’éloquence du silence dans l’écriture théâtrale. Les exemples de Jean-Luc Lagarce et Emmanuel Darley. Parmi les points soulevés par les deux metteurs en scène, deux questions essentielles ont été mises en évidence, à savoir en quoi le tressage voix-silence entraîne le texte vers un autre langage et en quoi la voix permet l’écoute du silence et vice-versa. Les communications de l’après-midi ont porté sur le cinéma, les arts plastiques et la performance. Dans sa communication intitulée « The Voice is Mightier than the Gun » : résistance vocale et spectre du silence dans les productions cinématographiques britanniques de la Seconde Guerre mondiale », Anita Jorge (Université de Lorraine) s’est appuyée sur des exemples tirés de productions cinématographiques britanniques pendant la guerre mais aussi des extraits de documents littéraires et radiophoniques, pour analyser le pouvoir de la voix dans un contexte de résistance nationale. Par exemple, comment combattre le silence collectif, par le chant notamment ? A l’issue de son intervention et comme lors du premier séminaire, un espace a été consacré à une mise en pratique de la voix et du silence. Dans le silence du lieu, la chorégraphe et interprète Sosana Marcelino a proposé une conférence dansée ponctuée d’éclats de voix (en français et en portugais), de sons, de bruits et de silences. La voix, explique la danseuse, est pour elle un instrument complexe qu’elle ne cesse d’explorer :

« Pour moi, la voix fait partie intégrante du corps et du mouvement. Je considère que le corps dansant n’est réellement investi que s’il est accompagné de la voix. Mes danseurs parlent, chantent et dansent sur scène dans leur langue maternelle, non pas forcément pour être compris mais pour mettre en relief le rapport au rythme, au son et à la respiration : la pulsation, c’est la danse et c’est aussi la musique ». (http://www.sosanamarcelino.com/biographie/)

 La séance s’est clôturée par une intervention de Claudine Armand (Université de Lorraine) intitulée « Le matériau voix-silence dans les peintures et les installations Glenn Ligon ». Dans un premier temps, elle s’est intéressée au matériau graphique et à l’appropriation que fait l’artiste de diverses voix littéraires et autres inscrites dans un médium muet qu’est la peinture. Puis, elle a analysé la nature du matériau voix-silence dans une installation vidéo de Glenn Ligon.

Séminaire 3 : vendredi 21 octobre 2016

La journée du 21 octobre 2016 a réuni des collègues et spécialistes dans le domaine de la musique, de la danse, du théâtre et des arts plastiques. Pierre Degott (Université de Lorraine) a examiné une problématique peu travaillée aujourd’hui, à savoir la vocalité du public et la valeur signifiante du silence à l’opéra, qui n’est pas le lieu du silence. Denis Milos (Université de Lorraine, metteur en scène et directeur du Théâtre Universitaire de Nancy), a souligné le caractère indissociable de la voix et du silence au théâtre où tout est question de flux. A titre d’exemple, il a choisi le texte Zéphira, Les pieds dans la poussière écrit en 2002 par Virginie Thirion. La pièce est inspirée d’un fait divers ; elle relate l’histoire d’une jeune femme africaine qui décide de quitter son pays pour aller vivre en Europe. Zéphira, Les pieds dans la poussière est « une histoire  d’amour, d’abandon et de désespoir. Zéphira l’africaine est une Médée d’aujourd’hui », dit Denis Milos. Trois extraits ont été sélectionnés : « Traverse, traverse les mers, Zéphira », « Je veux rester dans notre lit ! » et « Je te nomme Désert », « Je défais ce que j’ai fait » qui ont été merveilleusement interprétés par trois comédiennes du TUN (Léa Balthazard, Célia Fernandes et Marie Grosdidier), sous la direction de Caroline Bornemann. En entremêlant leurs voix souvent trouées de silence, celles-ci ont su communiquer avec force et sobriété les désirs, les doutes, les illusions et le désespoir d’une femme privée de parole.

Atelier 2 en parallèle avec le séminaire 3 : lundi 17 Octobre 2016 (14h-17h)

Le second atelier, au CCN-Ballet de Lorraine, a été animé par le danseur Joris Perez et a réuni un groupe de 10 étudiants (de Master à L2). A partir d’exercices divers, les étudiants ont pu prendre conscience non seulement du rapport de leur corps à l’espace et aux autres danseurs mais aussi du poids et de l’éloquence du silence, et de l’impact des voix sur leur propre corps et sur leur imaginaire.

Calendrier des activités et manifestations culturelles en 2017

Lundi 6 février 2017 à 11H30 : mise en pratique de la/des voix et du silence à la Bibliothèque Universitaire des Lettres, Campus Lettres

L’objectif visé est de sensibiliser le public à la matérialité de la voix et du silence dans un lieu proche des étudiants, une bibliothèque, lieu du silence, de la lecture silencieuse, de la réflexion, de la contemplation, et de l’ouverture intellectuelle. Lors de cette manifestation qui se tiendra dans le hall d’entrée de la bibliothèque, les étudiants et le public dans son ensemble seront invités à se rassembler autour de la  conteuse Nathalie Galloro, de la Compagnie Le Tourbillon de Metz accompagnée du musicien Dominique Boiseau. Puis ils pourront voir et entendre les trois étudiantes du TUN, Léa Balthazard, Célia Fernandes et Marie Grosdidier interprétant Zéphira, Les pieds dans la poussière, performance présentée lors du séminaire 3.

Du mercredi 15 juin au samedi 17 juin 2017 : colloque international

Le colloque est issu d’une collaboration entre les groupes de recherche IDEA et ERIBIA (Équipe de recherche interdisciplinaire sur la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Amérique du nord EA 2610, Caen), en partenariat avec le Théâtre de la Manufacture – Centre Dramatique National Nancy Lorraine et le CCN-Ballet de Lorraine. Lors des trois journées (ouverture au Théâtre de la Manufacture), les communications seront accompagnées de conférences plénières, de débats et de tables-rondes. Sont prévues également une performance de l’artiste amérindien de San Diego, Californie, James Luna, et la projection du film Le Complexe de la Salamandre de Stéphane Manchematin et Serge Steyer.

Appel à communications (en français et en anglais)